Il y a quatre ans, j’ai demandé à la bibliothèque John Hay de l’université Brown à Providence de me fournir les photocopies des pages d’un des carnets de Lovecraft car il n’était pas encore numérisé à cette époque. C’était l’agenda de poche de l’année 1925 où il consignait de manière très succincte les événements de chaque journée. Je découvris sur la première page (réservée aux informations personnelles) la référence à un numéro de série, écrite de la main de Lovecraft, d’une ancienne montre à gousset : Waltham – 4034502

Ma curiosité a été piquée et je commençai à chercher dans sa volumineuse correspondance des extraits où Lovecraft aurait mentionné cette montre. Malheureusement, après avoir épluché les différents volumes disponibles, mes recherches sont restées vaines.  

En août 2020, la maison d’édition Hippocampus Press fondée par mon ami Derrick Hussey publia deux copieux volumes de la correspondance complète de Lovecraft à sa mère et à ses tantes. Pour la première fois, il était aussi possible de lire des lettres de Whipple V. Phillips (le grand-père de Lovecraft) à son petit-fils dans les années 1890. Assurément, deux ouvrages totalement indispensables pour tous les admirateurs du maître de Providence! Si ce n’est pas déjà fait, vous pouvez les commander ici : https://www.hippocampuspress.com

Bien évidemment, j’ai relancé mes recherches concernant cette mystérieuse montre à gousset. Lovecraft avait pris le temps de marquer son numéro de série dans son agenda, le signe d’une affection particulière pour cet objet. C’est dans le premier volume de H. P. Lovecraft: Letters to Family and Family Friends que j’ai eu enfin ma réponse !  Voici un extrait d’une lettre à sa mère, Sarah Susan Lovecraft :

« J’ai montré ma nouvelle montre paternelle à tous ceux qui étaient avec moi au Newton Centre lorsque sa prédécesseuse m’avait causé tant de soucis. Son apparence a été grandement louée, et mes dires sur ses qualités de chronométrage ont été pris sans réserve […] Elle n’a pas varié d’une seconde depuis novembre, date à laquelle je l’ai adoptée, et je ne l’ai jamais laissée se dégrader. C’est curieux comme on prend mieux soin de quelque chose de vraiment beau. Je laissais constamment mes autres montres se dégrader — je savais qu’elles étaient bon marché et grossièrement fabriquées. Mais maintenant, je suis la ponctualité même, conscient de la valeur réelle et de l’élégance de mon héritage horloger. »

H.P. Lovecraft, 24 février 1921
Traduit de l’anglais par Jean-Alain Moens Puyaubert

Dans cet extrait, il me semble très plausible qu’il parle de sa montre Waltham. J’ai donc commencé à entamer des recherches pour identifier le modèle. De nos jours, il est très facile d’obtenir des informations avec un numéro de série. La montre que Lovecraft mentionne dans son agenda de 1925 est une Waltham produite entre août 1889 et janvier 1890. C’est un model utilisant un mouvement de haute qualité, dénommé Riverside, encore prisé aujourd’hui par les collectionneurs. Elle est naturellement la candidate parfaite pour un « héritage horloger » !

Lovecraft porte une montre à gousset sur de nombreuses photos, vous pouvez en voir quelques-unes sur ce site internet : hplovecraft.com
Lors de la restauration d’une photo datant de 1925 (devant le 169 Clinton Street à Brooklyn), j’ai aperçu clairement la chaîne permettant d’accrocher la montre à une veste.

En admirateur absolu de Lovecraft, j’ai évidemment voulu obtenir un exemplaire similaire en scrutant le marché américain des montres anciennes. Il me fallait aussi trouver un numéro de série très proche du modèle indiqué par Lovecraft.

Deux ans après avoir débuté mes recherches, j’ai enfin trouvé le petit joyeux parfaitement identique. Elle porte le numéro de série 4034942 – celle de Lovecraft est le 4034502! Elle a été fabriquée à la même période et dispose de toutes les caractéristiques précises du modèle de Lovecraft. Elle est accompagnée du carnet de 1925, un véritable exemplaire d’origine en parfait état (…encore un temps considérable pour le dénicher!)

«Le temps qui passe est vraiment une des choses les plus déroutantes et fascinantes de l’expérience humaine […] Je pense que de tous les concepts m’incitant à prendre la plume, le mystère du temps est peut-être le plus puissant et persistant. Ma Clef d’argent est un exemple de la façon dont je réagis face à cela.»

H.P. Lovecraft, 1933

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